LES ENQUÊTES SUR LA DISPARITION DU JOURNALISTE MOISÉS SÁNCHEZ CEREZO PIÉTINENT

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RSF / diario19.com

 

Reporters sans frontières exprime sa vive inquiétude face au manque de résultat et de coordination des enquêtes relatives à l’enlèvement de Moisés Sánchez Cerezo, directeur du journal La Unión de Medellín, enlevé par un groupe armé le 2 janvier 2015.

Près de trois semaines après son enlèvement, la localisation de Moisés Sánchez Cerezo, l’identité de ses ravisseurs et le motif de son enlèvement demeurent inconnus. Reporters sans frontières s’interroge notamment sur le temps que les autorités de l’Etat de Veracruz ont mis pour lancer les opérations de recherche. Il leur a fallu quatre ou cinq heures après la disparition du journaliste alors qu’elles avaient été alertées 40 minutes après son enlèvement.

« Reporters sans frontières s’inquiète du manque de coopération des autorités de Veracruz (Procuraduría del Estado) avec les instances fédérales (Fiscalía Federal de Atención a Delitos contra la Libertad de Expresión), déclare Claire San Filippo, responsable du bureau Amériques de l’organisation. Nous exhortons les différentes autorités à travailler en bonne intelligence afin de tout mettre en œuvre pour retrouver sain et sauf le journaliste. Cela inclut d’explorer davantage la piste professionnelle et la possible implication du crime organisé dans cette disparition, en collaboration ou non avec des autorités locales. »

D’après ses proches présents lors du rapt le 2 janvier 2015, quatre véhicules se sont garés face à son domicile vers 19h30, six individus en civil, fortement armés en sont descendus. Trois d’entre eux ont fait irruption dans la maison et ont enlevé le journaliste. La famille a porté plainte. La Commission d’attention et de protection des journalistes a octroyé des mesures de protection à la famille de Moisés Sánchez Cerezo. Reporters sans frontières appelle les autorités à renforcer ces mesures.

« On sait que c’est à cause de son travail, car ils n’ont pas dérobé d’argent mais tout son matériel », assure Jorge Sánchez, fils du journaliste, contacté par Reporters sans frontières. Dans un premier temps, les autorités locales n’ont pas privilégié la piste professionnelle, estimant que Moisés Sánchez Cerezo n’était pas journaliste mais chauffeur de taxi car « il ne faisait que publier sur les réseaux sociaux ». Sa famille a informé Reporters sans frontières que le blocage de son blog à trois reprises au moins avait conduit le journaliste à privilégier Facebook comme moyen d’information. A travers ses publications, Moisés Sánchez Cerezo dénonçait notamment les conditions d’insécurité dans la localité de Medellín de Bravo, diffusait des informations relatives au crime organisé et s’insurgeait du manque d’attention des autorités municipales, en particulier du maire Omar Cruz Reyes. Quelques jours avant sa disparition, un proche de Moisés Sánchez Cerezo lui avait confié que le maire de Medellín, Omar Cruz Reyes, dérangé par ses publications, voulait « l’effrayer ».

D’autres pistes dont celle du crime organisé sont cependant à envisager compte tenu de la nature des écrits du journaliste. Moisés Sánchez Cerezo était également un activiste qui avait convoqué le comité d’autodéfense citoyenne du quartier pour protester et réclamer l’attention du maire.

L’État de Veracruz, l’un des plus dangereux du pays pour les journalistes, affiche un taux de criminalité alarmant dû à la confluence de différents trafics. Depuis 2010, quatre journalistes sont portés disparus et dix autres ont été tués parmi lesquels Gregorio Jiménez de la Cruz, dont le corps sans vie a été retrouvé six jours après son enlèvement en février 2014. Ce cas était venu tristement rappeler que le manque de coordination entre les autorités locales et fédérales nuit trop souvent au bon fonctionnement de la justice. Plusieurs professionnels des médias ont affirmé avoir été surveillés, harcelés et menacés pour avoir publié des informations relatives à l’insécurité sur les réseaux sociaux. Les autorités locales essaient en effet d’occulter la réalité de la violence.

Le Mexique se situe à la 152ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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